La trace de mon père :

« Une quête d’identité, de vérité et de justice. »

Je suis né le 28 octobre 1954 à Paris 14ème.

Le 16 novembre 1954, ma mère me confie à l’assistance publique…

Je grandis de famille d’accueil en famille d’accueil dans l’ignorance totale de mes origines.

En 1962, ma mère impose un secret absolu sur ma naissance et demande que la première lettre de mon nom soit changée.

A 17 ans, je quitte ma dernière famille d’accueil pour vivre seul à Paris.

En 1994, par le plus grand des hasards, je découvre mes origines.

J’apprends que Jacques Fesch, (exécuté le 1er octobre 1957) est mon père et qu’il souhaitait me reconnaître comme son fils.

Après de nombreuses années de procédure judiciaire, je suis enfin reconnu, (par le biais de la possession d’état), comme enfant naturel de Jacques Fesch. En 2007, je porte désormais le nom de Fesch.

En 2013, après 5 années d’une autre procédure, j’obtiens ma filiation maternelle.

En 2015, je rencontre Me Éric Dupond-Moretti et je lui fais part des nombreuses irrégularités relevées au cours du procès aux assises de mon père, les 4,5 et 6 avril 1957.

Me Dupond-Moretti m’indique que l’on ne peut pas refaire le procès de Jacques Fesch mais, compte-tenu de ces irrégularités avérées, on peut peut-être demander une réhabilitation. Malheureusement la loi, à cette époque, ne le permet pas.

Soutenu par Me Patrice Spinosi, ce dernier dépose une QPC auprès du Conseil constitutionnel afin d’obtenir la possibilité de réhabiliter un condamné à mort dont la peine a été exécutée. Le Conseil constitutionnel renvoie cette question auprès des parlementaires afin de décider.

Les choses avancent. Le mardi 24 novembre 2020, l’amendement n° CL130 présenté par le gouvernement à l’Assemblée nationale est adopté. Il complète en conséquence la loi du 9 octobre 1981 portant sur l’abolition de la peine de mort et est ainsi rédigé :

« Art. 2. – Les ayants droit d’une personne condamnée à la peine de mort dont la peine a été exécutée peuvent saisir la chambre criminelle de la Cour de cassation d’une demande tendant au rétablissement de l’honneur de cette personne à raison des gages d’amendement qu’elle a pu fournir. »

Cet amendement tire les conséquences de la décision n° 2019-827 QPC du 28 février 2020 du Conseil constitutionnel. Dans cette décision en effet, le Conseil indique que, dans la mesure où, après l’abolition de la peine de mort par la loi du 9 octobre 1981, le constituant a, par la loi constitutionnelle du 23 février 2007, introduit dans la Constitution l’article 66-1 aux termes duquel « Nul ne peut être condamné à la peine de mort », le législateur « serait fondé à instituer une procédure judiciaire, ouverte aux ayants droit d’une personne condamnée à la peine de mort dont la peine a été exécutée, tendant au rétablissement de son honneur à raison des gages d’amendement qu’elle a pu fournir ».

Cet amendement complète en conséquence la loi du 9 octobre 1981 pour instituer une telle procédure, en précisant que ces demandes relèveront de la compétence de la chambre criminelle de la Cour de cassation.

En juin 2024, la Chambre criminelle de la Cour de cassation étudie la possibilité de réhabiliter Jacques Fesch.

Le 15 octobre 2024, la Cour de cassation rejette la possibilité de réhabiliter Jacques Fesch en faisant peu de cas d’une conversion religieuse, sur la base d’une compréhension quelque peu restrictive de la laïcité. La spiritualité et l’engagement religieux du condamné ne peuvent être considérés comme des gages d’amendement. La France reste un pays laïque, nous dit-on.

Dans la foulée, une requête est déposée par Me Spinosi auprès de la CEDH. Elle se fonde sur las articles 8, 9 et 14 de la Convention.

Le 25 février 2026, la Cour rejette notre requête en formation de juge unique par une décision d’irrecevabilité, à peine motivée, dont la raison est difficile à déterminer avec précision. Cette décision est définitive et n’est susceptible d’aucun recours devant la Grande chambre ou un autre organe.

Je suis allé au bout des choses et entrepris tout ce qu’il m’était possible d’entreprendre juridiquement.

Seul, le Chef de l’État, Mr Émmanuel Macron, souligne l’exemplaire et remarquable parcours en détention de Jacques Fesch et lui adresse son plus profond respect pour son cheminement spirituel et personnel.

En mars 2026, j’apprends, lors d’une conférence tenue par le Procureur général sur la réhabilitation des condamnés, que les trois principaux magistrats entourant l’affaire Fesch, ainsi que plusieurs hauts responsables de différentes administrations avaient demandé, en juillet 1957, une commutation de peine. Tous demandaient la perpétuité pour Jacques et non la peine de mort. Malheureusement, les pressions émanant des syndicats de police et de la magistrature furent trop fortes.

Pour quelle raison cette demande de commutation de peine est-elle restée sous silence pendant 69 ans ?

Il ne me reste plus qu’à œuvrer afin d’obtenir que l’injustice d’une autre époque, infligée à Jacques Fesch, soit enfin reconnue.

Aujourd’hui, après toutes ces années, je comprends que la recherche de mes origines m’a brusquement révélé que mon père était déjà là, présent en moi à travers la musique. Au-delà de la génétique, par une main invisible, sa préférence pour la trompette m’a été transmise.

Sa passion a franchi la frontière de la mort pour continuer d’exister en moi.

J’ai mené une carrière de trompettiste en accompagnant de nombreux artistes de la chanson française et dirigé plusieurs conservatoires et écoles de musique. Je suis également l’auteur de : « Fils d’assassin, fils de saint ? » aux éditions Balland - « La pensée du moineau » et « Réveillez-vous » chez Bookelis/Hachette.

Gérard Fesch