Six mois après sa décapitation, sa belle-mère, Marinette, entreprenante, réussit à obtenir du président de la République l’autorisation de récupérer sa dépouille mortelle. Cette autorisation était très exceptionnelle, tant en elle-même que par son objectif. Un enterrement religieux fut célébré pour Jacques Fesch le 11 avril 1958, en l’église de Saint-Germain-en-Laye. Une foule nombreuse et recueillie était présente. Après les funérailles, la dépouille de Jacques fut déposée dans le caveau de ses beaux-parents, au vieux cimetière de Saint-Germain. Son nom, caché par un buisson de myrte, y est inscrit…

Un professeur d’université.

Armand Jacob, ancien élève de l’École normale supérieure et agrégé de l’Université, avait adressé, avec un groupe de cent cinquante universitaires éminents, une pétition à René Coty le 24 septembre 1957, afin de lui demander d’accorder la grâce présidentielle à Jacques Fesch. La grâce ayant été refusée, il commença, indigné, à contester, le 14 mars 1958, la condamnation à mort prononcée le 6 avril 1957.

« Nous ne connaissions la physionomie de Jacques qu’à travers un méchant portrait. Sans nul doute, il n’a jamais été vraiment mauvais, et il s’est élevé à la fin à une hauteur que ceux qui l’ont tué ne pourront jamais soupçonner. Nous n’arrivons pas encore à croire que c’est vrai, qu’ils ont osé… Depuis plus de cinq mois, je n’ai pas eu une bonne nuit de sommeil… »

« J’ai tenté et tenterai encore de dire quels sont les assassins, de mettre la société face à ce qu’on a fait en son nom. Je ne serai jamais capable, même s’il fallait que je le fusse, de penser à Jacques de sang-froid. Sans doute faut-il que tout soit fait pour sa réhabilitation. »

Il écrivit avec plus de vigueur le 23 février 1960 :

« J’ai le devoir de déclarer que Jacques Fesch, criminel par déroute et désarroi, a été totalement régénéré par un repentir exemplaire, qu’il est mort saintement (je connais la valeur de ces mots) et que son exécution capitale a été un assassinat légal. »

Présenter les choses ainsi — vouloir réhabiliter et béatifier un homme qui, à la suite d’un braquage raté, a tué un gardien de la paix — peut, je le comprends, choquer. Si l’on s’en tient à cette présentation, on passe à côté d’un élément tout aussi important, sans doute essentiel aujourd’hui : la transformation d’un homme. Comme le disait Me Dupond-Moretti : « Un homme ne peut pas être résumé à son crime. »

La réhabilitation judiciaire ne se borne pas à effacer ou à éteindre les peines ; elle rend à l’intéressé son honneur et sa dignité. Sans effacer le mal, elle met en lumière le bien. Elle constitue un geste de restauration de l’individu qui s’apparente à un pardon laïque. Elle ne se confond pas avec la révision d’un procès, même si, dans le cas présent, une telle révision aurait du sens.

1. Pourquoi ?

Le 6 avril 1957, jour de ses 27 ans, Jacques Fesch est condamné à mort par la cour d’assises de Paris, au cours d’un procès retentissant, mais surtout tronqué. On ne peut pas rejuger Jacques Fesch, mais certains éléments ne peuvent rester sous silence :

– Jacques Fesch n’a jamais prémédité le meurtre du gardien de la paix. Pourquoi n’a-t-il pas bénéficié de circonstances atténuantes ? L’avocat des parties civiles, Me Floriot, principal accusateur, avait réussi à amalgamer la préméditation du meurtre de l’agent à celle de l’attaque du changeur. D’où la peine capitale.

– Vingt-neuf questions sont posées aux jurés. Pour cinq d’entre elles, toutes relatives à des circonstances aggravantes, la réponse du jury, telle qu’actée à la main, est NON… Le président de la cour d’assises raie les « NON » et les remplace par « OUI ». Suivent les signatures du président de la cour ainsi que celle du premier juré authentifiant les ratures. Le président indique qu’en conséquence Jacques Fesch aura la tête tranchée. Il est impossible d’admettre que cinq fois de suite la plume du greffier se soit trompée. Force est de constater que cette transmutation d’un refus par un acquiescement a été déterminante sur la sentence finale. Chaque vote du jury est réputé acquis définitivement mais une pression a amené une majorité de jurés à se déjuger. Le code de procédure criminelle n’a donc pas été respecté.

– Au cours du procès, le rapport de balistique n’est pas évoqué : le gardien de la paix aurait tiré à quatre reprises en direction de Jacques Fesch. Fesch, lui, n’aurait tiré qu’une seule balle, qui atteignit mortellement le gardien de la paix. Pourquoi ce silence ? On peut tout de même s’interroger… L’agent de police, Jean-Baptiste Vergne, lui ordonne de s’arrêter et tire…

Jacques Fesch a agi par peur et par impulsion, davantage pour se protéger que pour tuer. Il confesse ne pas avoir distingué clairement l’agent de police. Très myope, il avait perdu ses lunettes dans sa fuite. Pourquoi a-t-on fait disparaître l’imperméable dont la poche droite était trouée ? L’auteur estime que cet élément prouverait qu’il n’avait pas pu viser et que le gardien de la paix ignorait que le fuyard détenait une arme.

– Le dîner des têtes : Jacques Fesch n’avait pas quitté le Palais de Justice, les mains chargées des chaînes de la mort, qu’une rumeur troublante courait les couloirs. M. Jadin, qui présidait la session des Assises, et Me Floriot qui plaidait pour le malheureux gardien de la paix auraient été vus, la veille du verdict, dînant ensemble dans un restaurant de la capitale, rue Git-le-Cœur, à quelques mètres du Palais de Justice. La rumeur sera confirmée. Or la tête d’un homme était en jeu. (Voir le livre de Stéphane Hecquet « La tête dans le plat » pages 115 à 142 aux éditions « La Table Ronde 1989 ».)

Me Célice, président de l’ordre des avocats au Conseil d’État et à la Cour de cassation, défendait le pourvoi formé par le jeune meurtrier. Dans la chambre criminelle, il ne s’est pas contenté de rapporter les faits, connus de tous et reconnus comme vrais par les intéressés eux-mêmes : il a affirmé qu’il existait de véritables raisons de s’interroger et de s’inquiéter.

À noter que Me Floriot était, à l’époque, l’avocat du propre fils du président Jadin. Celui-ci avait été condamné, le 7 novembre 1956, par le tribunal correctionnel de Mâcon, à une amende de 200 000 francs pour violences volontaires, détention et transport irrégulier d’armes et de munitions. Cette circonstance mérite d’être relevée.

Je sais que ces nombreuses interrogations soulevées ne seront pas du goût de tous, que certains ne verront dans mes questions qu’une mise en cause injustifiée. Au risque d’allier le goût de la vérité à celui du scandale, je ne souhaite rien d’autre que d’être démenti. Malheureusement, cela ne s’est jamais produit.

Les conditions dans lesquelles la peine capitale a été prononcée sont effrayantes. Les nombreuses circonstances atténuantes évoquées par Me Baudet, l’avocat de Jacques Fesch, furent toutes écartées. Les faits établis par l’instruction, méticuleuse et répétée, et consignés dans les procès-verbaux auraient été gommés, oblitérés. La cour d’assises a pourtant des règles, des exigences, des obligations et des devoirs. Le procès doit les respecter avec la plus grande rigueur. On ne juge pas un homme et on ne décide pas de sa vie sans solennité.

– Si Jacques Fesch n’était pas condamné à mort, les syndicats de police s’apprêtaient à lancer un mot d’ordre de grève pour la visite officielle, à Paris, d’Elizabeth II et du duc d’Édimbourg les 8, 9 et 10 avril 1957. Les syndicats de police réclamaient avec force et insistance une condamnation à mort, et la Justice la leur a accordée. La grâce présidentielle sera refusée. René Coty (chanoine d’honneur de la basilique Saint-Jean-de-Latran à Rome), se réclame solennellement de sa proximité avec l’Église catholique mais il n’accordera pourtant aucun crédit à la conversion du condamné et refusera de lui accorder sa grâce. Il osera même s’adresser à Jacques Fesch par l’intermédiaire de son avocat en ces termes :

« Dites bien à votre client qu’il a toute mon estime et que je désirerais beaucoup le gracier, mais si je le fais, je mets en danger la vie d’autres agents de police. Demandez-lui, je vous en prie, d’accepter le sacrifice de sa vie pour la paix de l’État, pour que la vie d’autres gardiens de la paix soit sauvegardée. S’il le fait, je lui en garderai une reconnaissance infinie. Remerciez votre client pour l’homme qu’il est devenu. »

Comme si un homme devait payer pour les crimes de ses semblables ! Et surtout, à quoi cela a-t-il servi ? On ne soigne pas le cancer en tuant le malade. À ce jour, aucune preuve crédible ne permet d’affirmer que la peine de mort est plus dissuasive qu’une peine d’emprisonnement. Dans les pays qui l’ont abolie, les chiffres de la criminalité n’ont pas augmenté ; dans certains cas, ils ont même baissé.

M. Francis de Baecque, auteur, ancien conseiller d’État et proche collaborateur du président René Coty, a publié, à la page 213 de son livre René Coty, tel qu’en lui-même, paru en 1991 aux éditions STH, les propos suivants que le président lui aurait confiés au sujet de la demande de grâce de Jacques Fesch.

« Il avait revu l’avocat Paul Baudet et son cœur était déchiré. Il n’en a pas dormi de la nuit et lorsqu’il a rejeté le recours, il a sans doute pris une des décisions les plus douloureuses de son existence ; le criminel avait tué un policier et il a pensé que l’intérêt supérieur de la société ne lui permettait pas de suivre, en l’espèce, ce que son sentiment lui dictait… »

Jacques avait conscience qu’il devait servir d’exemple. Il écrivait, le 1er février 1957 :

« La chose la plus terrible, c’est que ces jugements sont toujours plus ou moins influencés par des conditions extérieures, variables selon les époques, les cas semblables, les exemples à donner… » – « On a un peu l’impression d’être jugés pour des actes bien définis, situés dans leur environnement propre mais comme symbole d’une catégorie d’individus qu’il faut punir, exécutant cette punition sur la tête d’un coupable. »

Extrait de la lettre du 13 août 1957 du journal de prison de Jacques :

« Toutefois, ce que je voudrais faire comprendre, c’est que cette mort m’est un sujet de joie, parce qu’il y a quelque chose que je puis donner : le sentiment que le châtiment qui me frappe est injuste dans le cadre humain où nous l’entendons. » – « Devant Dieu, je n’avais ni voulu, ni prévu les suites imprévisibles de mon premier acte. J’ai agi absolument sans conscience et par suite involontairement… »

Cet extrait de lettre est saisissant et éloquent. Il témoigne de la prise de conscience sincère de Jacques Fesch face à son acte, presque comme un « serment devant Dieu ». Depuis que nous connaissons la façon dont son « rêve d’évasion » l’avait obsédé et la manière dont l’agression s’était déroulée, nous pouvons le croire. Il ne voudrait certainement pas mentir devant Dieu, au plus profond de sa conscience, face au couperet.

Dans sa dernière lettre, datée du 30 septembre 1957, il écrivait :

« On ne me tue pas pour ce que j’ai fait, mais afin de servir d’exemple et par raison d’État. Cela ressemble un peu à Caïphe proclamant : « Ne comprenez-vous pas qu’il est nécessaire qu’un seul homme meurt pour sauver les autres. »

Hélène Malherbe, l’une des jurées, avait assisté à l’ensemble du procès de Jacques Fesch. Elle s’est retirée des délibérations avant le vote sur la peine de mort, car, disait-elle : « On savait par avance que le procès de Jacques Fesch devait servir d’exemple. Ma responsabilité m’apparaissait trop écrasante… » À distance du procès, après la parution, en 1972, de Lumière sur l’échafaud, elle témoigna par écrit.

Un autre procès ressemble étrangement à celui de Jacques Fesch et montre combien la justice peut parfois être inéquitable.

Le 5 octobre 1957, le président Jadin, accompagné de Claude Sudaka, avocat général, juge Idel Bruned, auteur d’un crime. La cour est la même que celle qui a jugé Jacques Fesch. Les événements remontent à la nuit du 20 au 21 octobre 1954. Bruned, multirécidiviste, surpris alors qu’il dévalisait une parfumerie, tue un policier. L’affaire rappelle étrangement celle de Fesch. Mon père, condamné à mort par le président Jadin, a quitté le monde des vivants depuis quatre jours. Son fantôme glacé hante encore les esprits et les excite. Bruned a pour avocat Me Charles Marcepoil, déjà présent lors du procès de Jacques Fesch en qualité d’avocat d’un complice de mon père. Me Marcepoil organise précisément sa défense en s’appuyant sur le précédent Fesch. Il souligne l’expiation édifiante et exemplaire de celui que l’on vient de guillotiner. Témoin de sa mort, il dira : « Jusqu’à la seconde fatale où on le poussa sur la bascule, la noblesse exceptionnelle de son comportement, le calme de son visage et de son regard parurent presque surnaturels. Ce garçon froid et insensible qu’on a vu aux assises s’est transformé en un être pacifié par son désir de rédemption. » Il compare les deux têtes… La tâche est difficile, car aucune circonstance atténuante n’est retenue en faveur de Bruned. Pourtant, il réussit. L’avocat général, M. Sudaka, présent aux deux procès, réclame la tête du condamné. Il estime que Bruned avait ajusté son tir et que son geste était encore moins pardonnable que celui de Fesch, puisqu’il n’était pas, lui, menacé par l’agent (Le Monde, 7 octobre 1957). Sans le vouloir, a-t-il simplement reconnu qu’en envoyant Fesch à la guillotine, la justice s’était trompée ? L’exécution de Jacques Fesch a-t-elle apaisé la pression qui pesait sur la cour ? La peine de mort n’est pas requise. Idel Bruned sauve sa peau et est condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Dans l’extraordinaire odyssée de notre espèce, certains réussissent et d’autres échouent, tels des rats soumis à un test de laboratoire.

Pour Jacques Fesch, il est évident que ce n’est pas l’assassin — ou, plus justement, le meurtrier, puisqu’il n’y avait pas préméditation — que l’on a guillotiné. Peut-être pas non plus le saint, mais, en tout cas, un homme transformé. Jacques Fesch avait compris qu’il devait servir d’exemple. Il se tourne alors vers Dieu pour se préparer à l’horreur, rédige des centaines de pages et accepte sa mort. Il écrira même : « Que chaque goutte de mon sang serve à empêcher un crime. »

Ce ne sont pas tant sa conduite exemplaire en prison ni le fait qu’il n’ait jamais commis la moindre infraction avant son emprisonnement qui m’interpellent, mais plutôt l’iniquité de son procès et la résonance de ses écrits, 70 ans après son exécution.

Après tant d’années, il n’est pas tombé dans l’oubli. Loin de là. Je reçois très régulièrement des témoignages qui soulignent le soutien réel et l’aide incontestable qu’il apporte à de nombreuses personnes, croyantes ou non, qui cherchent un sens à donner à leur vie ou qui sont simplement marquées par son parcours, sa rédemption et son acceptation de la mort. Il nous transmet un message et une force de vie. Il nous montre que la seconde chance, celle qu’il n’a pas eue, existe.

Soit notre société reste soumise à la loi du talion, soit elle est civilisée et admet la possibilité d’un rachat.

Le chanteur Michel Delpech, par son témoignage, en est un très bon exemple. Il m’écrivait en juin 2015 :

« Votre père est véritablement un saint et je comprends les intentions de l’Église de vouloir le béatifier. J’espère que vous cheminerez vers la reconnaissance de vos droits, de votre identité et vers le chemin qu’il a si magnifiquement emprunté. Tenez-moi au courant. Votre ami, Michel Delpech. »

Bien des années plus tard, André Hirth, son voisin de cellule, rangé des voitures, dira :

« J’ai tiré un trait sur tout ce passé, sauf sur Jacques. Voilà ce qu’il est devenu : un homme traversé par la miséricorde, un homme dont on n’aurait jamais fait un ami devient un modèle de vie. »

Le cardinal Lustiger considérait Jacques Fesch comme un modèle de rédemption par la foi, d’où son souhait de le voir béatifié. Les motivations de l’Église à entreprendre une telle démarche sont sans doute légitimes, mais elles me sont étrangères. En revanche, le déroulement de son procès, son acceptation de donner sa vie pour la paix de l’État, l’impact réel de ses écrits sur le monde actuel, laïque et religieux, l’homme qu’il est devenu et le chemin parcouru m’incitent à demander à la justice française une forme de pardon républicain : une réhabilitation.

Si je formule cette demande de réhabilitation — c’est-à-dire de reconnaissance d’une injustice —, ce n’est pas pour moi, mais uniquement pour Jacques Fesch. Si cette requête aboutissait, elle n’aurait qu’une portée symbolique pour mon père, mais elle serait ô combien précieuse dans le combat contre cet archaïsme barbare qu’est la peine de mort. Réhabiliter un condamné à mort après son exécution pourrait aussi contribuer à agir en faveur de l’abolition universelle de la peine de mort, prônée par Robert Badinter.

Pour que l’histoire retienne aussi l’exemplarité, le don de soi, le sacrifice et la rédemption, et qu’elle rappelle que tout homme peut se repentir, se racheter et devenir meilleur.

Pour que mes petits-enfants découvrent aussi l’autre face, plus lumineuse, celle-là, de la vie de leur grand-père.

Je souhaite aussi dire que Jacques Fesch n’est pas Landru et lui redonner, à titre posthume, une certaine estime. Tout en formulant cet espoir, j’ai, depuis la découverte de mes origines en avril 1994, une pensée infiniment respectueuse pour Marie-Annick, devenue orpheline à l’âge de 4 ans par la faute de mon père. Contactée en 2024 par mon avocat, Marie-Annick Vergne ne s’est pas opposée à la demande de réhabilitation engagée pour Jacques Fesch. Après tant d’années, cette acceptation est pour moi un acte d’une immense humanité. Je la remercie du fond du cœur pour ce geste !

La peine de mort, sanction absolue, exigerait une justice absolue. Or, cela n’a pas été le cas pour Jacques Fesch. Cette injustice mériterait d’être reconnue à sa juste mesure.

« La vie est une phrase dont on ne comprend le sens qu’à la dernière parole ! » Cette phrase de Gabriel-Honoré Marcel s’applique parfaitement à la vie de Jacques Fesch et prend, avec lui, tout son sens.

Comme le disait Philippe Bilger, ancien magistrat : « Je souhaite le rétablissement de l’honneur de Jacques Fesch afin que mort, il obtienne ce dont, de son vivant, il a été injustement privé : une authentique justice. »

Certains éléments, que l’on ne peut passer sous silence, témoignent de l’injustice infligée à Jacques Fesch. Ils constituent les fondements de cette démarche visant à rétablir la vérité sur ce procès injuste qui conduisit mon père à l’échafaud.

La façon dont Jacques se dirigea vers la guillotine impressionna l’ensemble des témoins, pourtant habitués à des scènes bien différentes. Tous furent surpris par son calme et par l’attitude sereine qui transparaissait de tout son être. Après 1 313 jours passés à la prison de la Santé, il refusa la cigarette et le verre de cognac que lui proposait le gardien-chef…

À 5 heures 29, en ce glacial mardi 1er octobre 1957, la tête de Jacques (Georges Philippe) Fesch, à un peu plus de 27 ans, fut tranchée par la lourde lame d’acier actionnée par André Obrecht, l’exécuteur des hautes œuvres. Le transport du corps au cimetière d’Ivry suivit immédiatement la décapitation. Une demi-heure après sa mort, il était enterré dans cette bruyère désolée qui était destinée aux condamnés à mort, sans pierre tombale, sans nom ou numéro, sans croix.